Pas la faute des etudiant.e.s 2

Par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets.


Y’a des fuites à l’Université de Moncton, et pas seulement du genre qui se colmatent avec un brin de calfeutrant.

Radio-Canada révélait le 16 octobre la liste complète des candidatures au rectorat de l’Université de Moncton, dix au total, dont le plus connu est sans doute l’ex-PDG d’UNI coopération financière, Camille Thériault (Radio-Canada). En principe, cette liste devait demeurer sous scellé jusqu’à ce que le comité de sélection fasse son rapport au Conseil des gouverneurs (CGV); les gens siégeant au comité de sélection devraient être les seuls ayant accès à cette information. Quelques noms seulement - ceux des candidat.e.s retenus - seraient rendus publics en temps normal, avec leur CV et lettre de motivation. Mais là, tout est sorti et l’Université doit gérer un moyen mess. On parle quand même d’un bris de confidentialité assez grave.

M. Thériault, un ancien premier ministre du N-B (ayant assuré l’intérim après le départ à la retraite de Raymond Frenette - qui assurait lui-même l’intérim de Frank McKenna - à la fin des années 1990), et architecte de la modernisation des Caisses populaires acadiennes, est un personnage connu au N-B. Connecté aux milieux politiques et financiers, au monde des affaires, impliqué activement dans l’organisation des Aigles Bleus (hockey masculin) depuis son départ à la retraite, et coprésident de la campagne de financement Évolution... La liste est longue et le candidat est de taille. Camille Thériault est clairement un homme d’action, comme le montre en outre la transformation qu’aura connu UNI (Radio-Canada) ainsi que les Aigles Bleus (Acadie Nouvelle) sous son influence. Quand au sens que prend cette action, et à la réflexion qui la précède, libre à chacun d’en juger, mais bref.

Du moins quand il est question d’image de marque, il sait jouer le jeu.

Puisque ce n’est pas la FÉÉCUM qui est à l’origine de la fuite, évidemment on se demande comme tout le monde d’où ça a bien pu sortir. Nous sommes toujours les premiers suspects dans des affaires de ce genre, mais si nous avons déjà fuité de l’information confidentielle par le passé, ce n’était jamais sans raison (la première étant un manque de transparence volontaire du côté de l’institution en général) et sans jamais se cacher. C’est donc sans rancune.

Sauf que si ce n’est pas nous, alors qui? Et surtout, dans quel but?

Il faut dire que la candidature de M. Thériault tranche avec la tradition. Car pour toute son expérience et son impressionnant parcours professionnel, sans parler de son réseau de contacts, il ne détient que la baccalauréat. La norme au Canada comme ailleurs dans le monde pour atteindre le rectorat d’une université est le doctorat.

Les postes de direction dans le monde universitaire sont rarement occupés par des personnes provenant de l’extérieur du milieu académique. En particulier quand il s’agit de gens issus du secteur privé, la méfiance l’emporte souvent sur l’expérience. Puisqu’il s’agit de gérer des unités académiques, l’expérience académique et la connaissance du milieu sont jugés indispensables.

Toute candidature non-traditionnelle suscite la résistance; l’Université de Moncton ne fait pas exception à cette règle. Le cas de la nomination d’un candidat au parcours professionnel impressionnant, mais ne détenant que le baccalauréat, au poste de doyen de l’École de droit (Radio-Canada) nous en fournit un exemple récent. Le processus a été relancé du départ.

Il est donc tentant de chercher la motivation derrière la fuite de ce côté: le candidat-vedette n’a pas le pedigree académique souhaité. Vu la notoriété de la personne en cause, peut-être aura-t-on jugé qu’il s’agissait de la meilleure manière de bloquer son accession au rectorat?

N’écartons pas non plus la possibilité que quelqu’un dans l’appareil universitaire souhaite voir une autre candidature s’ajouter, pour des raisons différentes. Ou personnelles.

Car si la ou les personnes à l’origine de la fuite souhaitent appuyer une autre candidature, rien ne garantit que, dans les circonstances présentes, celle-ci acceptera de poursuivre le processus. Il ne fait aucun doute que des candidat.e.s vont se retirer du processus maintenant, peu importe la suite des choses. Espère-t-on que le processus de nomination soit repris du départ? Vu les coûts engagés dans la recherche de candidat.e.s, on devine que ce serait la dernière option envisagée par l’Université.

Quelqu’un, quelque part, avait une raison valable de fuiter cette information; ça ne se fait pas sur un coup de tête car le geste demeure lourd de conséquences. La ou les personnes ayant convenu d’aller de l’avant ont certainement jugé que les répercussions possibles sur le plan personnel étaient justifiables pour assurer le bien de l’institution.

J’ai mentionné l’aptitude de Camille Thériault pour accélérer le changement institutionnel; quiconque a travaillé assez longtemps en milieu universitaire comprend que, derrière une façade progressiste et innovante, les universités sont des milieux conservateurs à l’extrême.

Je dirait même plus, croûtés. Et y’a du monde qui est bien dans sa croûte, des fois.

Le frère de Camille Thériault, Mario, signait récemment une lettre ouverte sur l’avenir de l’Université de Moncton, déclarant que la prochaine personne choisie à la tête de l’Université de Moncton devra remettre en question les fondement de l’organisation et de la gouvernance de l’institution acadienne pour la faire progresser (Acadie Nouvelle). Mario Thériault signe cette lettre comme président du comité organisateur des conférences Acadie 2020, organisées par l’alUMni (UMoncton). D’autres aspects soulevés dans ce texte touchent à la difficulté d’ajuster l’offre de cours pour répondre aux besoins du marché (il semble cibler l’examen sur la viabilité des programmes (Acadie Nouvelle), qui a avorté après des années de travail), de même qu’à l’élimination des dédoublements à l’intérieur de la structure du réseau universitaire.

Ces questions méritent d’être posées, qu’on soit ou non d’accord avec les solutions proposées. C’est bien de voir des gens autres que les étudiant.e.s soulever ces problèmes structurels, pour une fois. On dénote des frustrations envers la gestion administrative autant que la gestion académique dans les propos de Mario Thériault, qui semblent identifiées comme la cause première de la stagnation institutionnelle.

Quelques jours plus tard le président de l’ABPPUM, Mathieu Lang, signe à son tour une lettre sur le thème du changement institutionnel. Il ouvre la porte aux transformations dans la structure administrative, à vrai dire il y fait appel, mais avertit que cela ne peut se faire « au prix de dénaturer la mission d’une véritable université » (Acadie Nouvelle). Une phrase en particulier retient l’attention, quand il aborde les attentes de l’ABPPUM envers les nombreux changements qui s’annoncent à la haute direction de l’Université: « nous pensons que les personnes appelées à diriger notre Université devront posséder le doctorat ou son équivalent et l’expérience requise afin d’être à la hauteur des bonnes pratiques de gouvernance en vigueur dans les meilleures universités canadiennes et dans le monde. »

Ouais, alors on me pardonnera d’en déduire que Camille Thériault ne serait pas le premier choix de l’ABPPUM. Cela dit, L’ABPPUM a fortement condamné le bri de confidentialité dans un communiqué, qualifiant l’action de « geste regrettable [qui] n’est pas dans l’intérêt supérieur de notre Université » (ABPPUM).

D’autres candidat.e.s possèdent le doctorat et, dans deux cas, l’expérience du rectorat à une autre institution. Un de ces candidats est l’ancien recteur de l’Université Laval, Michel Gervais (ULaval). L’autre est la rectrice de l’Université Saint-Paul, Chantal Beauvais (USP).

Ce qui nous mène à la réaction de la FÉÉCUM face au dévoilement des candidatures, qui touche le manque d’équilibre entre les candidatures féminines et masculines. Il est difficile de comprendre comment, en 2018, il demeure impossible de dénicher des candidatures féminines de qualité en nombre suffisants. Mais cette question, c’est moins à l’Université de Moncton qu’on devrait la poser (notons par ailleurs la nomination récente de Madeleine Dubé au vice-rectorat du campus d’Edmundston et de Louise Imbeault à la chancellerie de l’Université comme indice de l’engagement de l’institution à changer de visage) qu’à l’agence de recrutement qui a été chargée de rassembler les candidatures.

Si on finit par savoir qui est à l’origine de la fuite, il sera intéressant de voir comment l’Université de Moncton va poursuivre le processus de nomination au rectorat.

On se demande surtout quelles seront les conséquences imposées à la personne fautive, considérant qu’il s’agit d’un bris à la fois de la confidentialité du processus de nomination et d’un lien de confiance avec les candidat.e.s. Cette personne devra forcément être punie pour son geste; le contraire serait impensable vu le dommage causé à l’institution.

Et en plus, pour une fois, c’est pas la faute des étudiants!

Aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.

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