Blogue Le jeu des moyennes

Texte de réflexion par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets.


L’Université de Moncton vient d’enregistrer une première hausse des inscriptions depuis 2009-2010. Il y a évidemment de quoi se réjouir. Dans une communication à cet effet, l’institution attribue cette hausse à un nombre record d’inscriptions en provenance des écoles secondaires du N-B (UMoncton).

Globalement (et en sablant les coins un petit peu), 70% de la population étudiante est originaire de la province, 20% de l’international, et 10% des autres provinces canadiennes.

L’Université a aussi dévoilé quelques tableaux qui nous en disent plus long sur l’évolution des inscriptions sur les trois campus.

Le premier de ceux-ci nous présente des chiffres par cycle et par citoyenneté. On y constate que c’est au 2e cycle que les inscriptions souffrent (-10) alors que le 3e cycle a gagné le plus d’inscriptions (+8). On constate donc une perte nette de 2 étudiant.e.s au cycles supérieurs. En revanche, on a gagné 4 étudiant.e.s au premier cycle.

C’est la manière dont on les a gagnés qui laisse un peu perplexe : 77 inscriptions de plus au N-B et au Canada, contre une diminution de 73 inscriptions à l’international. Tous cycles confondus, on en a gagné 76 au N-B/Canada et perdu 74 à l’international.

En l’espace de trois ans seulement, le nombre d’étudiants internationaux à l’Université de Moncton a chuté de 20% (Acadie Nouvelle).

Ça va un peu à l’inverse de la stratégie de croissance qui prévaut à notre institution depuis plus d’une décennie, et qui s’appuie sur l’augmentation des inscriptions en provenance de l’international. A-t-on atteint une masse critique (soit un peu plus de 20% au total) à l’Université de Moncton, ou alors s’agirait-il des débuts d’une tendance au recul? Est-ce que la compétition des autres universités aura eu raison de la capacité de Moncton à attirer les étudiant.e.s de l’international?

Peut-être doit-on plutôt y voir un changement d’orientation qui reflète le changement de leadership à la tête de l’Université. Raymond Théberge est entré en poste en juin 2012, succédant à Yvon Fontaine qui était l’instigateur de ce mouvement vers le recrutement à l’international.

Cela dit, le plan stratégique mis de l’avant par M. Théberge réaffirme l’engagement de l’institution en ce sens, disant que : « L’Université de Moncton poursuit ses efforts de recrutement d’étudiantes et d’étudiants internationaux » (UMoncton). Le plan préconise également des « mesures qui permettent de bien accueillir, d’intégrer et d’encadrer la population étudiante internationale ».

Après avoir atteint un sommet de 839 inscriptions en 2013-2014 (UMoncton), ces inscriptions ont chuté de 160, compte tenu des chiffres rapportés cet automne. Rappelons que 2013-2014 a été marquée par une hausse record de 999$ des droits de scolarité (Radio-Canada), et que l’Université d’Ottawa a lancé son programme d’exonération partielle des droits de scolarité pour les étudiants internationaux francophones à la rentrée 2014 (Radio-Canada). Ce programme réduit leurs droits de scolarité au niveau de ceux des étudiants canadiens, si ils s’inscrivent à un programme offert en français (UOttawa).

L’objectif d’Ottawa était de permettre aux francophones d’atteindre une proportion de 40% de la masse étudiante. Rappelons que le défunt vice-rectorat aux affaires étudiantes et internationales (VRAÉI) disait à l’époque ne pas être inquiété par l’impact combiné de ces deux facteurs (Acadie Nouvelle).

Je me demande bien pourquoi il a été aboli, celui-là?

Bref.

Le VRAÉI a été aboli, mais remplacé par la Direction générale de la gestion stratégique de l’effectif étudiant (DGÉÉ). L’Université a voulu restructurer les services aux étudiant.e.s de sorte à ce que la communication et la collaboration soit plus efficace entre les divers intervenants. Le DGÉÉ, Jean-Paul Loyer, a discuté de l’annonce de l’Université à l’émission Le Réveil du 20 septembre (À 7h29).

Évidemment, après avoir rappelé la hausse des inscriptions globales, on l’a invité à commenter la baisse des inscriptions chez les étudiant.e.s internationaux. M. Loyer dit qu’il s’agit d’un phénomène constaté partout au pays, qui serait dû en partie aux crises climatiques et politiques qui bouleversent les plans de bien des étudiant.e.s qui prévoient partir à l’étranger. On ne craint toujours pas la compétition venant d’Ottawa, car la taille de cette université la place dans une catégorie différente de l’Université de Moncton : ce serait comparer des pommes et des oranges. D’ailleurs il indique que les nouvelles inscriptions chez les étudiant.e.s internationaux approchent aussi un seuil de stabilité : on ne compte que 3 nouvelles inscriptions de moins qu’en 2016-2017.

À la question de l’impact de la hausse des droits de scolarité, le DGÉÉ répond que dans les universités qui sont des compétitrices directes de Moncton (d’abord celles du réseau des universités du Québec), les coûts restent plus élevés qu’ici pour les étudiant.e.s internationaux. De fait, et c’est vrai, les coûts à Moncton comptent encore parmi les plus bas au pays – on l’entend souvent répéter. Sauf qu’il me semble dangereux de croire qu’Ottawa, parce qu’on y compte dix fois plus d’étudiant.e.s que Moncton, ne serait pas une compétitrice.

Même si les étudiants internationaux francophones y paient le même prix que les étudiants canadiens, que la ville est plus grande, la population plus diversifiée, les opportunités d’emplois plus nombreuses et les salaires plus élevés?

Ça mérite réflexion, au minimum. Suffit de voir où l’insouciance (réelle ou affectée, ça on l’ignore) de celle qui l’a précédé l’a menée.

En fin d’entretien, M. Loyer rajoute que l’impact négatif du coût de la scolarité sur les inscriptions serait une « légende urbaine », au sens où les chiffres font mentir l’affirmation. Du point de vue des étudiants qui songent à choisir Moncton, ça a pourtant le potentiel d’être le grain de sable qui fera pencher la balance. Pis on a yinque so much de grains à placer sur notre plateau...

Pour conclure, est-il trop tôt pour affirmer que la hausse des inscriptions venant du N-B dénote l’impact des nouveaux programmes d’aide financière du gouvernement provincial (GNB)?

On ne pourra vraiment en juger que dans quelques années. Entre-temps, les tableaux de l’Université montrent une hausse de 59 inscriptions dans le district scolaire francophone Nord-Est (DSF-NE), une baisse de 1 dans le DSF Nord-Ouest et une hausse de 36 dans le DSF Sud. Pas besoin de vous expliquer que la population n’a pas explosé ces dernières années dans le Nord-Est... et qu’on y trouve certains des salaires les plus faibles au pays (Acadie Nouvelle).

Oh, ni que c’est le campus de Shippagan qui démontre la plus forte augmentation des inscriptions. Faites-en ce que vous voudrez.

Mais le pétage de bretelles devra attendre encore quelques années, quand on aura toutes les données pour jouer au jeu des moyennes.

Texte de réflexion - aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.

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